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« Ils ont essayé de nous enterrer, ils ne savaient pas que nous étions des graines » – Proverbe mexicain

Je suis coupable.
Oui, coupable.

J’ai beau clamer que je n’aime que ce qui est brut et urbain, répéter encore et toujours que je n’affectionne pas les univers trop girly et pastel, je redeviens indéniablement la petite fille que j’étais à 6 ans, quand je vois un tutu et des pointes.
Admirer une ballerine exécuter un enchainement, est pour moi, un instant tendre de poésie, chargé en émotions et qui a le pouvoir de me transcender à chaque fois. C’était vrai il y a 20 ans, et ça l’est tout autant maintenant.

J’ai commencé la danse classique à l’âge de 6 ans. J’en ai pratiqué pendant près de 7 ans. Au début, et pendant longtemps, ce n’était pas juste un loisir : je vibrais pour le classique. J’étais envahie par tant d’effervescence, de légèreté et de possibles lorsque j’enfilais mon tutu et mes chaussons. Je ne me suis pas uniquement éprise des arabesques et des entrechats. J’ai appris à me complaire face à la rigueur, à ces enchainements que l’on nous faisait répéter dix fois, cent fois. Oui, j’aimais ça. Très jeune j’ai gagné en maitrise, j’ai appris à retranscrire des émotions et à virevolter en musique.

Pourtant, je ne peux pas dire que tout a toujours été rose. C’est étrange comment on peut être si jeune et pourtant être habitée par le doute. Vous savez, CE doute qui vous paralyse et vous parle tout bas en vous susurrant à l’oreille que c’est bien beau de viser la lune, vouloir être un petit rat de l’Opéra, mais que vous n’y arriverez pas. Parce qu’avoir 10 ans et ne pas en être au stade du Conservatoire, c’est peine perdue. Et que de toute façon un coup de pied encore faible et une silhouette quelque peu différente des standards ne pouvaient rendre vivant ce rêve. En vrai, on pense ça, car c’est ce qu’on voit dans le regard des autres. Dans le regard de ces « professeurs » qui vous éliminent à bout portant vous laissant entendre que dans la vie certaines choses sont tracées, écrites d’avance.
Du coup, on s’en convainc. On se convainc qu’il y a des cases dans lesquelles on ne rentrera jamais. Jamais. Peu importe l’investissement qu’on pourrait mettre pour y arriver.

Alors, la petite fille se met à aller à ses cours à reculons, à ne plus aimer autant travailler. A quoi bon de toute façon ?! Et sans le vraiment le vouloir, par la force des choses elle apprend à dire au revoir à un rêve, sans vraiment avoir pu s’y confronter.
Oui je suis coupable, car j’ai abdiqué.

Misty Copeland, elle, non.
Elle n’a pas abdiqué quand elle a essuyé quantité de lettres de refus de la part de conservatoires de danse lui expliquant que se lancer à 13 ans c’était bien trop tard.
Elle n’a pas abdiqué même confrontée à une incapacité à danser pendant un an à cause d’un souci de vertèbre.
Elle n’a pas abdiqué quand on lui a expliqué qu’à cause de sa taille (1,60m à peine), sa couleur de peau, sa forte musculature et son petit buste, elle n’avait aucune chance de se retrouver en haut de l’affiche.
Non, elle n’a pas abdiqué.

Misty Copeland est aujourd’hui danseuse étoile à l’American Ballet Theatre. Elle a toujours le même physique, la même couleur de peau. Elle a su investir en sa personne pour devenir celle qu’elle souhaitait devenir : une danseuse étoile à l’American Ballet Theatre.
Elle est un magnifique exemple.
Beaucoup de sportifs comptent parmi mes modèles : Pelé, Michael Jordan, Nadia Comaneci, Carl Lewis, Blaise Matuidi, Zlatan Ibrahimovic…
Bien avant leur palmarès, même si cela à son incidence, c’est la ténacité qu’ils ont eu lorsque les portes ont commencé à se fermer.
Ils ont su se transcender. L’essence même du sport. Cet univers où le dépassement de soi fait office de monnaie locale. Cet univers où on repousse sans cesse ses limites, où, à la lisière de l’épuisement on tente un énième geste technique ou une énième pirouette.
Oui, en travaillant (dur), en cherchant à s’améliorer et à se perfectionner, on avive son talent, on le nourrit, jusqu’à un jour pouvoir le faire jaillir.
Alors sûrement qu’au même âge je n’avais pas le même talent que Misty Copeland, ni sa grâce. Je n’en saurais rien. Je n’ai pas poussé le sujet jusqu’au fond.
Par contre, il est évident que je n’avais pas la même détermination. Cette détermination qui m’aurait peut-être faire prendre d’autres voies.
En vrai, je suis contente de là où j’en suis, même si je ne sais plus faire des levés de jambes corrects. Je ne suis pas habitée par d’innombrables regrets, non. Je me dis juste que la capitulation a été trop facile.

Au jour d’aujourd’hui, d’autres rêves patientent dans la salle d’attente. Cette expérience passée me montre une chose, c’est qu’en investissant dans sa personne, le doute ne pourra changer nos capacités.
Personne ne pourra vous ôter votre force et votre talent, dont vous aurez besoin quand les jours s’assombriront. Vous pourrez ne pas réussir, mais au moins vous aurez la satisfaction d’avoir tout tenté.

Ces photos, clin d’œil à un univers que je continuerai à affectionner pendant longtemps, ont été faites par La Petite Touche. Il me tenait à cœur de travailler avec Phémina sur ce projet, car ses clichés, font naitre quantité d’émotions quand on les regarde. Cette cohabitation entre une atmosphère urbaine brute et un angle résolument poétique et humain.

Invest in yourself !

crédit photo: La Petite Touche

Le look:

Top: Asos
Jupe tulle: Space 46






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1 Comment

  • Reply
    Lovely
    2 juin 2016 at 13:36

    Hmmmm fantastique! Je n arrive pas a trouver le mot juste mais ca fait venir l’eau a la bouche comme les acras croustillants de chez nous. ( Haiti)

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