Mode et Ethique

Entrepreneuriat: pourquoi soutenir les entreprises noires au féminin?

« Every time you spend money, you’re casting a vote for the kind of world you want » 
– Anna Lappe

Voter; mais, avec.ses.sous.
Une utopie?
Pas pour moi.

Depuis plusieurs années, c’est un principe que je tends à appliquer du mieux que je peux au moment de faire des achats. Particulièrement dans les secteurs du loisir et de l’habillement.

La mode a beau être un incroyable vecteur d’expression, une source continuelle de créativité et d’inspiration, elle possède un visage peu reluisant qu’il convient de ne pas occulter ou minimiser. Ultra-consommation, manque de diversité, racisme, esclavage moderne, pollution, exploitation des ressources, et j’en passe.

 

POURQUOI SOUTENIR DES ENTREPRISES DIRIGEES PAR DES FEMMES NOIRES ?

Après avoir vu le documentaire « The True Cost », impossible dès lors de fermer les yeux.
Je souhaitais, DEVAIS en fait, consommer la mode autrement. Il fallait que ma garde robe devienne plus verte et vite.

L’aspect environnemental était devenu l’unique paramètre qui primait au moment d’acheter ou non mes vêtements. Je ne me posais pas d’autres interrogations. Non. Car dans ma tête c’était un peu: « si les gens font de l’éthique, c’est bon. Ils font les choses bien. Pour la planète et donc pour nous ».
Une grave erreur de jugement et d’appréciation avec le recul.

Une marque n’est pas éthique parce qu’elle se soucie de la planète. Une marque est éthique parce qu’elle se soucie de la planète et des êtres vivants qui la compose; animaux et êtres humains. Qu’ils soient artisans, ambassadeurs ou consommateurs.

La limite de ma précédente démarche porte un nom. Le manque d’intersectionnalité environnemental.
Et c’est elle qui me pousse à écrire cet article.

 

QU’EST-CE QUE LE MANQUE D’INTERSECTIONNALITE ?

a. Au niveau communication

Le manque d’intersectionnalité, qu’il soit environnemental ou non d’ailleurs,  prend forme, entre autres, lorsqu’une marque/entité n’érige en modèle qu’une seule et même esthétique pour présenter ses produits/services.

Très souvent c’est la même image qui revient. Celle d’une jeune femme Blanche, mince, aux cheveux longs et/ou lisses, balbutiant dans un champ ou bien évoluant en bord de mer.

En excluant de leurs campagnes, volontairement ou par « maladresse », les personnes dites racisées, les marques entretiennent les stéréotypes et les inégalités systémiques que ces personnes subissent depuis des années (idée que la peau Noire n’est pas vendeuse, que les cheveux crépus et frisés sont laids, que peau Noire et business éthique ne vont pas ensemble…).

Or, ironie, bien souvent, leurs dits vêtements continuent à être produits par des personnes à la peau mate ou noire, indépendamment du fait que ces travailleurs du textile puissent évoluer dans d’excellentes conditions. C’est une réalité. Et cette réalité est aisément vérifiable grâce à la transparence qu’ont les marques dites « green » pour répondre à la question « who made my clothes ? ».

 

b. Au niveau administration

L’intersectionnalité prend également forme à travers la promotion des entreprises.
Si les femmes sont nombreuses à créer des sociétés elles restent moins nombreuses que les hommes dans ce domaine selon un article du Business News Daily. Cette prépondérance masculine s’est également répercutée sur les incubateurs et les pépinières chargées d’accompagner les créateurs qui se lancent.
La sur-représention d’un genre, sa sur-valorisation dans les médias mainstream entraine à un moment donné la quasi invisibilité de l’autre, avec une incidence sur l’estime de soi. Réticence à se lancer, syndrome de l’imposteur, problématiques spécifiques non abordées…
C’est un peu le serpent qui se mort la queue.

Il existe néanmoins quantités de femmes entrepreneurs, et parmi elles, des femmes noires; pour autant, ces dernières, s’agissant aussi bien des entreprises que des dirigeantes en elles-mêmes, sont moins mises en avant. 
Aussi bien dans les magazines et sites généraux que ceux en corrélation avec leur domaine. Ce n’est qu’à de très rares reprises, lorsque les pages se voudront « spéciales » et volontairement « racisés » qu’elles deviendront visibles. 

Il y a une régulière mise à l’écart des femmes noires dans le monde de la mode aussi bien du côté « coulisse », avec la marque en elle-même, que du côté marketing via les mannequins et les ambassadrices/influenceuses.

C’est pour ces différentes raisons que faire la démarche de s’intéresser à des entreprises gérées par des femmes noires est important. Par effet de domino, des ambassadeurs et visages de marque noires auront tendance à être mis plus en avant, ce qui participera à une vraie diversification.

 

PERFORMATIVE ALLYSHIP

Avant l’avènement des réseaux sociaux les questions de représentation ne jaillissaient à grande échelle que suivant la « prise de risque » de grandes publications. Ces questions-là avaient pour habitude d’être évoqués à échelle plus restreinte.

Depuis, ces moyens de communication couvrant un plus large spectre, qui sont plus rapides et plus bruyants, permettent à ces sujets d’être évoqués en permanence. Et parfois, suivant le contexte sociétal, ils peuvent bénéficier d’un écho sans précédent, entrainant  des vagues d’indignation plus ou moins violentes.

C’est pourquoi, lorsque la grogne des consommateurs se fait massivement sentir, certaines marques, pour s’éviter une fronde et des retombées financières désastreuses feront semblant d’être des alliées. Mais, le temps d’une publication, avant de reprendre leur discrimination, comme à l’accoutumée, une fois l’orage passé. 

C’est le cas de la marque de maillots de bain éthiques Abysse Swimwear ou encore The Bali Tailor, qui n’ont pas hésité à suivre la hype et scander des Black Lives Matter quand « c’était la mode » sur Instagram, mais de manquer à l’appel au moment de mettre en valeur des personnes de couleur noire dès le lendemain.

 

De manière générale, avoir un comportement raciste et donc être raciste, devrait être traité comme une maladie. Point. On ne devrait pas entendre de justification type « il faut laisser aux gens le temps de changer ». Ce n’est pas d’une rénovation, d’un régime ou autre dont on parle.


SOUTENIR. OUI MAIS COMMENT?

C’est du coup pour éviter de donner mes sous à ceux qui n’en ont que faire de physiques comme le mien pour illustrer leurs campagnes, ou bien de participer à une mise en avant continuelle d’entrepreneurs correspondant à un certain archétype physique, que je veille à soutenir de manière consciente et éclairée des marques crées par « ces personnes que l’on ne voit que trop rarement ».

Mes valeurs sont à la fois environnementales et humaines. Il est donc important pour moi d’avoir de la diversité dans mes choix et achats: consommer auprès de créateurs de différents horizons, présentant différents physiques. 

Acheter ou non de la fast-fashion, acheter ou non auprès de marques qui diffusent ces stéréotypes physiques et raciaux ne fait pas de nous de mauvaises ou bonnes personnes. Néanmoins, quand on choisit de soutenir telle ou telle personne, on diffuse également certaines de ses valeurs. Valeurs qui (re)définissent le monde qui nous entoure.

En effet, si on est partisan d’un certain « all live matters », comment peut-on rester insensible au fait que la richesse humaine soit aussi mal représentée dans les médias? 
Pourquoi continuer à soutenir celles et ceux qui ne mettent en avant qu’un seul et même physique?
Pourquoi? Et surtout, COMMENT on agit?


« VOTE WITH YOUR WALLET » – AUJOURD’HUI ET DEMAIN

En soutenant sur du long terme, directement le travail de ces femmes mises doublement à l’écart du mouvement mainstream.
En les soutenant pas juste parce qu’elles sont noires. Mais parce qu’elles font un excellent travail mais que celui-ci est moins mis en avant parce qu’elles sont noires.

Et en privant de nos sous, notre moyen de vote le plus efficace dans nos sociétés de consommation ceux qui n’ont pas été capables pendant un long moment d’apporter un changement pérenne à ces questions.

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2 Comments

  • Reply
    Mawouaba
    26 juillet 2020 at 13:15

    Je suis totalement d’accord avec vous. Il est temps que les choses changent sérieusement pour notre communauté+

    • Reply
      Les Carnets d'Aurélia
      26 juillet 2020 at 14:12

      OH OUI !!!
      Et notre porte monnaie a plus de valeur qu’on ne le croit.

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