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En apnée sous la glace | Péninsule de Bruce, Canada

Plonger en apnée sous la glace, le contexte

Température moyenne de l’air: -1°C (avec des pics à -8°C et 2°C au cours des deux jours d’expédition)
Température moyenne de l’eau: 1°C

Temps moyen pour découper un trou dans la glace: 45 minutes
Profondeur: 8-10 mètres
Equipement: combinaison humide 7mm, chaussons, bottines, gants et cagoule spécial eaux froides, plomb de cou et ceinture de poids (que j’avais loué)

Ces derniers temps, c’était devenu une obsession: plonger en apnée sous la glace. Je voulais me challenger mais je tenais à le faire sous certaines conditions. 

Je souhaitais me confronter à des eaux glaciales sans pour autant donner dans un extrême météorologique proche de celui de l’Arctique; aussi, je souhaitais à tout prix éviter l’effervescence d’un événement 100% apnéistes, tel le Päijänne on the Rocks; le milieu de l’apnée pouvant être parfois pollué par la mentalité de certains, obsédés par les défis et les performances égo-centrées, plus que par le partage d’une passion commune.

Quand je fais de l’apnée, l’aspect humain est un des points les plus importants pour moi. Ça peut sonner cliché, mais il m’apparait surtout inconcevable de plonger en binôme avec des personnes qui me mettent mal à l’aise où dont je n’aime pas la vibe.


L’organisation du voyage

Dès lors, il a fallu chercher. Beaucoup chercher.
Au départ je pensais que ça serait plié dès la première recherche Google. Tu parles !
Ça a été une prise de tête et de conscience pour moi qui était en pleine obsession: non, l’apnée sous glace n’est pas une activité répandue. Non, même là où il y a de l’eau et de la glace.

J’ai tout tapé: Canada, Islande, Norvège, Finlande, Suède, Suisse et France. Tout tapé oui, et pourtant je continuais à faire chou blanc.

J’ai contacté des Canadiens avec qui le feeling est immédiatement bien passé, mais dont le tarif journalier était indiscutablement hors budget.
Puis, l’école Fifty Shades of Blue, bien connue dans l’Hexagone, mais à ce moment-là les autorisations préfectorales tardaient à être délivrées, ce qui laissait plâner une grande inconnue quant à la reprise de la discipline.
Et enfin des écoles en Suède et en Finlande, mais toutes me disaient que la neige n’était pas encore formée et qu’elles n’avaient pas encore de visibilité sur la date de début des festivités sous la glace.

Super…

 

Ice expedition au Canada

J’étais en bad et une partie de moi-même n’arrêtait pas d’en rajouter en se disant que de toute façon pour une première sous la glace, ça ne pouvait être qu’avec les Canadiens Geoff Coombs et son ami Andrew (professeur d’apnée certifié AIDA) dont j’adorais le travail et avec qui le feeling était bien passé par écran interposé.

Dans le fond ça ne devait être qu’avec lui, le maître de l’apnée sous glace. Oui mais voilà, le budget…

Et puis sûrement un peu comme dans un film de Noël, le miracle est arrivé. La situation s’est dénouée, tout s’est parfaitement aligné.
Geoff organisait une expédition sur deux jours, et parce que c’était du last minute dû à un désistement (sorrynotsorry pour la malheureuse personne), le tarif était devenu insolemment providentiel. J’ai bondi sur l’occasion pour être avec l’équipe avec laquelle je souhaitais plonger depuis le début ! Un rêve, non un miracle!
« Ask and it is given » qu’ils disent.


En apnée sous la glace, les sensations

Alors à plus de 6000 km de chez moi, me voilà, en plein cœur de l’hiver canadien, en Ontario, sur la péninsule de Bruce, bordée par les eaux gelées du lac Huron.
Ici aussi on me dit que la glace n’est pas aussi exceptionnelle qu’à l’accoutumée (satané réchauffement climatique), mais malgré ça, pour moi, pour cette première, elle était parfaite. Exceptionnelle. Remarquable. Magnifique. Elle donnera à mon expérience cette dimension de rêve éveillé.

En raison de l’épaisseur des chaussons, je ne pouvais pas enfiler mes palmes d’apnée habituelles et j’ai dû plonger avec des palmes de plongée. Pour ceux qui ne connaissent pas la différence, elles sont beaucoup plus petites et offrent moins de propulsion sous l’eau.
Autant dire que j’ai pas mal galéré pour mes canards (technique de mise à l’eau en apnée), mais au moins maintenant je sais que je dois travailler là-dessus pour m’améliorer ainsi que sur mon palmage.

Et sinon, comment décrire l’apnée sous la glace ?
Avec quel mots je pourrais vous retranscrire au mieux ce que j’ai vécu ?
Hmm pas facile.

Tout d’abord, je vous dirais que tout se joue vraiment au mental. Réponse classique? Mais pourtant tellement vraie.

Comment gérer le froid?

Quand on est en pleine nature, par -1°C dans le meilleur des cas, avec sa combinaison comme seul rempart au froid, tout se joue réellement au mental, encore plus lors de la plongée.

Avec Geoff et Andrew, pas de tronçonneuse électrique, ils ont l’habitude de créer le trou pour la mise à l’eau à la hache et à la tarière manuelle. Et pour ça il faut bien 45 minutes.
45 minutes où il faut faire fi des bourrasques qui s’invitent par intermittence, où il faut rester en activité et ne pas se focaliser sur ses membres qui commencent rapidement à s’engourdir.

Oui, tout se joue au mental lorsqu’on sent qu’on commence à se transformer en glaçon, et que se mettre à l’eau semble être l’action de trop. Le mental. Et les premières minutes passées dans ce trou d’eau gelée l’attesteront clairement.

Les toutes premières microsecondes, ça semble aller, genre « oh mais ça va en fait, la combinaison isole vachement bien », et puis d’un coup d’un seul: LE FROID. Nan, pas celui que vous pensez connaitre quand on vous parle d’hiver froid et que vous vivez à Paris. Nan, pas le froid Islandais que vous avez pu connaitre toute emmitouflée dans des vêtements de saison. Non, non, là je vous parle du FROID. Un autre froid.
Celui qui existe quand une eau gèle en surface, avec une épaisseur de neige telle qu’il vous faut 45 minutes pour créer un trou; le froid qui vous étreint quand l’eau n’est même pas à 1°C ! Ce FROID !

C’est comme si un millier d’aiguilles s’enfonçaient avec le même élan symphonique dans votre corps et que le moment où cette sensation désagréable devrait devenir moins intense, ne vient tout simplement pas. JA-MAIS! Pas de répit.

Alors le cerveau se met en ébullition: « je veux sortir », « je sors, c’est pas possible ce truc », « mes jambes, il leur arrive quoi ?! ». Il leur arrive qu’elles donnent l’impression d’être prises dans un étau. De froid. Qui serre et serre encore. Voilà ce qu’il leur arrive. Et ce capharnaüm incontrôlable dans ma tête ne cesse. Alors, comme je vous le disais, tout se joue à la force du mental. Ah, et aussi au souffle.


Sous l’eau, un paysage hypnotisant


En régulant mon souffle, je parviens à un peu mieux contrôler le brouhaha dans ma tête. Inspire-expire-inspire-expire-inspire… Et puis… le calme. D’un coup.

 

Combien de temps s’est écoulé? Difficile à dire, mais le silence est là.
Le corps? Il va mieux.
Je baigne dans un trou d’eau glacée, mais ça va. Apaisée. Acclimatée.

Un canard plus ou moins bien exécuté, quelques coups de palmes et me voilà au fond.
Un fond sableux recouvert d’herbes, une gigantesque épave en bois comme toile de fond et de là où je suis, un sol de glace devenu ciel givré.
C’est beau et mystique à la fois. C’est addictif.

Sous l’eau, la glace est encore plus captivante. Je ne peux m’empêcher de m’y coller au plus près, de la toucher. Je dévore avec mes sens ce décor immergé, avant de retrouver mon point d’entrée, de remonter à la surface et de recommencer quelques minutes après.

Cette expédition aura duré deux jours entiers.
Elle aura été inoubliable et passionnante. C’était la première fois que je faisais de l’apnée sous la glace et surement pas la dernière.
C’est une discipline exigeante qui peut faire peur sur le papier, mais avec les bonnes personnes, celles qui ont la connaissance et la technique nécessaires pour qu’elle soit pratiquée en toute sécurité, elle devient juste exceptionnelle. Et je compte m’y adonner aussi longtemps que le climat qui se réchauffe me le permettra. 👌🏿

Underwater photography: Geoff Coombs
Apnéiste de sécurité: Andrew Ryzebol

 

 

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