
C’est l’une des expressions les plus instagrammables de ces dernières années « Mieux vaut vivre avec des remords que vivre avec des regrets ». Souvent mentionnées dans des contextes de développement personnel, elle entend nous pousser à réaliser nos rêves les plus profonds, en dépit du qu’en dira-t-on et de toute logique. La promesse est belle sur le papier, mais dans les faits, est-ce vrai?
« Quelle que soit la durée de votre séjour sur cette petite planète, et quoi qu’il vous advienne, le plus important c’est que vous puissiez, de temps en temps, sentir la caresse exquise de la vie. »
J. B. Charbonneau – Avis de passage (1957)
Vivre selon les règles
Peu importe notre âge et notre sexe, on se retrouve toutes et tous assiégés par des impératifs sociaux à respecter. Des impératifs qui s’invitent pratiquement à toutes les étapes de notre vie. Plus ou moins implicitement, plus ou moins explicitement.
À 3 ans il faut déjà se comporter comme une grande,
À 14 ans il faut savoir ce que l’on veut faire plus tard,
À 16 ans il faut avoir vécu sa première fois,
À 18 ans il faut entreprendre de grandes études,
À 25 ans, il faut signer son premier CDI;
À 27 ans, contracter son premier crédit immobilier,
À 30 ans il faut se marier,
À 31 ans, avoir ses premiers enfants,
À 40 ans posséder une Rolex,
À 60 ans, accueillir ses petits-enfants,
À 62 ans il faut partir à la retraite, pour vivre des jours heureux.
Et si, par le plus grand des hasards, on n’est pas capable de tenir la cadence, c’est fin du game pour nous. On deviendra au choix une looseuse, immature ou marginal.
Peut-on vraiment courir après un statut social sur la seule base de notre âge?
Vivants mais désespérément éteints
Le 100% politiquement correct voudrait que je réponde unilatéralement par la négative à cette question. Que non l’âge n’est qu’un chiffre et qu’il ne signifie absolument rien. Et c’est vrai. On peut recommencer sa vie à 45 ans, comme avoir une vision claire de celle-ci dès 20 ans.
On peut se marier pour la première fois à 19 ans comme le faire à 50 ans. Vouloir attendre ses 30 ans ou regretter de ne pas l’avoir fait à 30 ans, peut nous éteindre, car on court après un chiffre qui en soit n’a pas une signification plus profonde qu’un autre.
Mais d’un autre côté, l’âge est tout de même une base non négligeable dans nos relations sociales. Manquer de clairvoyance à 16 ans n’a pas le même impact qu’à 35 ans. Tout comme réagir continuellement à travers nos émotions, sans une certaine part de rationalité. C’est d’ailleurs cette rationalité qui devrait nous pousser à questionner ce choix et se demander si vraiment il vaut mieux vivre avec des remords que vivre avec des regrets.
Qui serais-tu si on ne te disait pas qui être, et si tu ne réagissais pas en opposition ?
D’un côté il y a ceux qui se conforment au moule presque machinalement. Ils courent après la satisfaction d’entrer dans le moule. Un moule façonné par d’autres; et ce, au risque de passer à côté de leurs véritables envies. Ils sont comme en mode veille: vivants mais désespérément éteints.
Et c’est ce qui fait qu’on se retrouve bien souvent à entreprendre des études qui ne nous correspondent pas, à occuper des jobs qui ne nous épanouissent pas et à vivre des histoires d’amour qui ne nourrissent pas réellement notre être ou notre vision de la vie. On consomme la vie sans véritable envie.
Et de l’autre il y a peu qui choisissent par rébellion du pré-établi d’aller à son encontre. À 40 ans ils s’habillent comme si ils en avaient 17 et adoptent des comportements en réaction plutôt qu’en totale conviction.
Personnellement aucun des deux cas de figure ne me plait. C’est sympa sur le papier d’être une « wild child » et de vivre sans ancrage ni direction claire, de butiner à droite et à gauche, mais sur le long termes qu’est-ce que cela apporte? Certainement pas de la stabilité.
Oui c’est bien de faire de sa passion son métier, mais il ne faut pas non plus oublier que tout hobby n’a pas vocation à devenir notre identité et notre quotidien.
Ne perdez pas de vue ce qui vous rend heureuse. Consacrez-y du temps. Pas nécessairement tout votre temps.
Certes le but n’est pas de rester par exemple dans un job qui nous rend malheureux. Mais croire que renoncer à une certaine sécurité pour un rêve incertain (parfois éphémère) ne devrait pas non plus être présenté comme LA solution qui définit à elle seule le sens de toute une vie.
En conclusion
L’expression « mieux vaut vivre avec des remords que de vivre avec des regrets » repose sur une idée émotionnelle, pas sur une vérité universelle.
D’ailleurs, les mots ont leur importance. Par définition, le regret c’est la tristesse de ne pas avoir agi. Le remords c’est la culpabilité d’avoir agi d’une façon qu’on juge mauvaise. Et ce que cette expression oublie de dire, c’est que le regret peut s’apaiser avec le temps, on accepte ce qu’on n’a pas fait, parfois même on l’oublie, surtout quand on apprends à faire preuve de gratitude pour réalité présente. Tandis que le remords, lui, peut ronger plus profondément, car il implique une faute.
Donc non, les remords ne sont pas mieux. Cela dépend du type d’acte, de la conscience morale de la personne et de sa capacité à pardonner, aux autres et à elle-même. Vivre vraiment ce n’est pas de foncer tête baissée ou de se soumettre au moule, mais de choisir, en accord avec ce qui a vraiment du sens pour soi, physiquement, émotionnellement et spirituellement.





No Comments