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Monteverde: la tête dans les nuages (Costa Rica)

Monteverde

« Si j’avais su ».
C’est la phrase que je me suis souvent répétée lors de cette escapade à Monteverde.

Osa, située plein sud, c’est une température moyenne de 30°C, avec une humidité des plus élevées.
Monteverde, à 8 heures de route plus au nord et quelques 1600 mètres d’altitude, c’est 17°C au meilleur de la journée, avec des pluies éparses.
Verdict: avant le séjour, si j’avais su, j’aurais peut-être arrêté de me qualifier de « fille du froid qui n’aime pas la chaleur » et me serais plutôt contentée d’amener plus de mailles.
Aussi, il est important de noter que Monteverde, mondialement connue pour être une forêt de nuages, perd son énigmatique parure nuageuse pendant la saison sèche. En gros, «t’es une forêt de nuages, mais t’as pas de nuages ?!» … si j’avais su.
Pourtant, visiter une région autant touristique et constater que l’effort écologique sur le terrain est tout aussi fort et engagé que ce qu’on nous promet, ça m’a bluffé. Et ça, non plus, je ne pouvais pas le savoir.

Je n’ai que très rarement été à la montagne, et de ce fait, à cette altitude, j’avais la sensation enivrante d’être sur le toit du monde et de pouvoir toucher les nuages du bout des doigts. Il n’y avait qu’à lever la tête et les voir se déplacer à une vitesse vertigineuse.
Monteverde, frappe et surprend par son colorama vert intense. Dans cette région ultra-humide, les arbres sont tous recouverts d’un fin tapis mousseux sur la majeure partie de leur tronc.
Une faune et une flore endémiques, composées, notamment, de reptiles et d’oiseaux rares constituent la forêt.
J’ai ainsi pu apprécier l’incroyable beauté du fameux quetzal resplendissant, un oiseau rare, emblème du Guatemala, qui ironiquement est quasi éteint dans ce même pays. La forte concentration d’arbres, certains aux dimensions impressionnantes (en hauteur surtout, ils peuvent culminer à plus de 60 mètres de haut), permet d’abriter quantités d’espèces d’oiseaux. Un parcours de ponts suspendus permet de les repérer beaucoup mieux qu’au sol. Je pense en particulier à l’araponga tricaronculé, qui aime se réfugier sur la plus haute branche du plus haut des arbres. Ce petit oiseau d’apparence comique, possède de longues excroissances de part et d’autre de son bec, lui donnant l’impression d’avoir des moustaches, selon certains, ou d’être en train de manger un ver, selon d’autres.

Monteverde

Il faut savoir que Monteverde est composée de plusieurs réserves juxtaposées les unes aux autres. On peut décider de toutes les faire, ou de n’en choisir qu’une ou deux selon le temps dont on dispose. Nous, nous avions décidé de nous rendre à la réserve biologique de Monteverde. A l’intérieur plusieurs options de trails s’offrent à vous. Certains chemins seront bétonnés, mais juste ce qu’il faut, d’autres non. Aussi, en dépit d’un flux relativement important de touristes, les tours gardent un peu de leur imprévu; ça ne nous a pas empêché donc de rencontrer des coatis peu farouches au détour des sentiers ou des oiseaux des montagnes. De manière générale, au niveau de la marche, on est loin du niveau d’exigence que j’ai pu expérimenter à Osa. Les randonnées sont accessibles au plus grand nombre, d’où un tourisme plus important.
Avec mes amis, nous avons également eu le plaisir de rencontrer un biologiste américain installé au Costa Rica depuis des années. Un passionné. Un passionné avec qui nous avons longuement parlé nature et qui n’a pas hésité à nous faire faire un tour de sa réserve privée aux multiples visages. On passe d’une forêt à l’abri des vents humide et luxuriante, d’un côté de la montagne, à une forêt plus escarpée, de l’autre côté quand elle est directement exposée aux vents. Un lieu de toute beauté.

Monteverde est une région très touristique, je vous le disais déjà, et de ce fait, on peut effectuer quantité d’attractions liées à la nature. Des tours en tyrolienne au-dessus de la canopée, le fameux parcours des ponts suspendus, le saut de tarzan… Plusieurs compagnies existent, et si je devais vous en conseiller une ce serait Selvatura Park. Sécurité et grand choix d’activités expliquent qu’elle ait ma préférence.
La plupart sont payantes. Néanmoins, si vous êtes à la recherche d’adrénaline, et que vous ne souhaitez pas dépenser un sou, rendez-vous près du fameux ficus étrangleur de Monteverde, d’une taille colossale, pour vous amuser à l’escalader. Frissons rien qu’en le regardant. Demandez aux locaux où il se trouve exactement, tout le monde le connait.

Monteverde

En ville, l’offre en termes d’hôtels et de restaurants est assez riche. Pour l’hôtel, tout dépend de votre budget, mais pas de mauvaise ou bonne surprise, l’offre de service correspond généralement au prix payé. Pour les restaurants, selon moi, c’est beaucoup de bruit pour rien. Il n’y en a que deux qui valent le coup de fourchette. Cafe Orchid, sorte de bar hipster cool qui propose smoothies, sandwichs ou encore brownies à se damner! Digne d’un Paperboy. Et Tramonti, un restaurant italien succulent.
Le seul bémol c’est qu’il faut aller y diner tôt. Là-bas, la plupart des restaurants fermant vers 21h30!

Quand on débarque d’Osa, la discrète, l’abondance de structures touristiques, toute cette urbanisation frappe aux yeux. Pour tout vous dire, j’ai eu un peu peur de me retrouver dans un de ces lieux façon carton-pâte, où vous vivez des expériences aseptisées et parfaitement rodées. J’avais peur que cette forêt que j’imaginais pour nous et pour nous seuls, soit démesurément envahie de touristes. Mais, mis à part au cours d’un tour de nuit, qui ressemblait surtout à une mise en scène parfaitement orchestrée (dans un périmètre plutôt restreint on a pu voir des toucans, en train de dormir, une tarentule, une vipère arboricole, ou encore des paresseux), le lieu nous a paru authentique. Authentique tout en étant accessible au plus grand nombre.
J’ai été impressionnée par Monteverde qui sait conjuguer fréquentation touristique importante tourisme et préservation de l’écosystème; c’est ainsi que les entrées dans les réservés se retrouvent être chaque jour limitées. Aussi, la région est mieux adaptée à un tourisme intergénérationnel qu’Osa. C’est une bonne chose. Car si le but est de sensibiliser le maximum de personnes à la question écologique, il faut différentes approches, et que tout en respectant le milieu, elles soient adaptées aux capacités de chacun. Dans ce type d’environnement, pour être conscient il faut avant tout être émerveillé et pas constamment apeuré.

Monteverde

Ce que Monteverde réussit, d’autres ne le font pas aussi bien.
La ville de Jaco en est le triste exemple selon moi. Une hérésie costaricienne constituée d’un gigantesque et froid conglomérat de resorts. Pourtant, sur le papier, cette ville coincée entre le Pacifique et la jungle, a tout pour plaire. Dans la réalité, c’est un désastre touristique et écologique. Autour de sa rue principale, défigurée par les commerces en tous genres (chaines de fast-food internationales, bars insalubres, échoppes à souvenirs…), on retrouve quantités de complexes hôteliers, gourmands en énergie, qui enlaidissent le littoral. En eau en particulier, nécessaire pour alimenter les terrains de golf et les piscines.
En ville, on peut même rencontrer des édifices qui ont été abandonnés au stade de la construction, signe d’une urbanisation et d’un tourisme déstructurés.

Non, tout n’est pas parfait au pays de l’or vert.
Le spectre du réchauffement climatique qui rôde, pourrait avoir des conséquences dramatiques sur la survie de certaines espèces, mais également sur la production énergétique.
Des températures élevées pourraient assécher les rivières et être un frein dans la production d’hydroélectricité.
L’entrain écolo n’est d’ailleurs pas partagé par tout le monde. La situation personnelle de tout un chacun, l’éthique et la pauvreté, ne manquent pas de rappeler qu’elles posent des limites à la volonté de conservation des autres. Des combats différents peuvent déboucher sur des tragédies, comme ce fut le cas en 2013, sur la plage de Moin (côte Caraïbes), où Jairo Mora, un écologiste qui tentait de protéger des œufs de tortues a été sauvagement assassiné par des braconniers membres de cartels de drogue. Quand c’est la saison, il s’agit d’un lieu où les tortues viennent pondre par milliers. Une ponte peut contenir près de 100 œufs. 1 œuf se revend sur le marché noir 1 dollar … je vous laisse faire le calcul.

Trésors environnementaux, protection, tourisme, braconnage, pauvreté et drogue sont des paramètres auxquels le Costa Rica doit faire face.
Alors face à tout ça, je me suis prise plusieurs fois à rêver. A rêver qu’il n’y avait plus d’aéroport pour déverser ce flot de touristes. A rêver que ces Hommes qui détruisent tout pour le profit n’existaient plus. Que ces échoppes touristiques non plus et le béton encore moins. A rêver que la nature et les animaux repeupleraient les lieux. Et qu’il n’y aurait plus que nous admirant cette forêt plus que parfaite, débarrassée de toute trace de pollution.

Alors pour tenter, ne serait-ce qu’un peu, de toucher cette douce chimère, j’ai fait le choix de me sensibiliser plus, de m’engager plus: de payer mon empreinte carbone imputable à ces longues heures de vol que je réalise chaque année, en décidant de financer des programmes de reforestation; en participant à des opérations de nettoyage de forêts autour de chez moi ; en choisissant de ne plus prendre part à des attractions ayant une démarche peu éthique à l’encontre des animaux sauvages (tours de bateau bruyants « à la chaine », promenades à dos d’éléphants, nages avec les dauphins…)

Une prise de conscience importante, parce que rarement un pays ne m’avait autant pris aux tripes que le Costa Rica.
Rarement la nature ne m’avait autant époustouflée que là-bas.
Et aussi, parce qu’après avoir passé du temps avec autant de personnes passionnées, ça vous ouvre les yeux, vous passionne et vous donne envie de vous impliquer.
Aujourd’hui j’ai envie de rendre mon mode de vie parisien un peu plus vert. Alors bien sûr tout ne peut être parfait du premier coup, je reviens de loin et je suis loin d’être exemplaire, mais j’ai à cœur d’essayer. Car ce qu’on appelle aujourd’hui « développement durable », un mot surexploité et vidé de son sens, c’est tout simplement faire preuve de jugeote et de respect.

Alors oui, pour s’y rendre il faut compter 11 heures de vol transatlantique, ponctuées par un vol en coucou, pas forcément des plus sympathiques. Oui, j’ai paniqué et vu parfois ma vie défiler, mais s’il fallait le faire toutes les semaines, je le ferais sans hésiter. Parce qu’à l’arrivée ce qui m’y attend est inestimable.

Monteverde

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2 Comments

  • Reply
    Pauline
    8 juillet 2016 at 19:01

    Je partage tes impressions sur le Costa Rica! Moi aussi j’ai été époustouflée par la conscience écologique du pays, un vrai modèle à suivre. C’est incroyable que malgré le flot de touristes qu’il reçoit, le pays soit resté aussi vierge!

    • Reply
      Les Carnets d'Aurélia
      13 juillet 2016 at 23:41

      🙂
      ça a été une véritable claque écologique pour moi.
      J’ai hâte de pouvoir y retourner!

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